Accueil > Revue de presse > "Passion Âne" n° 6 - Novembre 2008
PROMMATA jardine avec les ânes !    
     
 
 
    Avant l'utilisation massive des tracteurs, nos aïeux paysans travaillaient leur terre avec les animaux de trait. Traditionnellement, les bêtes utilisées pour l'agriculture étaient fortes et imposantes; les chevaux, les bœufs, les vaches et quelquefois les mules besognaient dans les champs.    
         
    L'âne comme animal de trait    
    L'âne, pourtant présent dans le paysage agricole d'antan, n'avait pas de place dans les sillons labourés, plutôt confiné au portage et au transport de quelques denrées...Et pour cause ! A cette époque, le poids du matériel utilisé et les techniques agricoles pratiquées demandaient beaucoup de puissance de traction.
Sauf quelques exceptions, l'utilisation de l'âne était très peu répandue à cette époque. Pourtant, l'âne est présent presque partout et semble accessible à un plus large public : il est de plus petite taille et moins imposant, il est plus rustique et moins fragile et il est moins coûteux à l'achat et pour l'entretien.
Malgré tous ces bons côtés, il a son caractère ! Mais en faisant preuve de patience et de ténacité, il peut s'avérer être un compagnon de grande valeur pour le potager !
   
         
    Jardiner avec un âne, c'est possible !    
    Les temps changent et les modes culturales évoluent et s'adaptent à de nouvelles réalités environnementales. Certaines des méthodes agro-écologiques développées ces dernières années favorisent un travail de la terre moins agressif et moins perturbateur pour la vie du sol. Dans le même ordre d'idées, certains développent des techniques de culture "sans labour" quand les conditions le permettent. A ces nouvelles pratiques agricoles se sont adaptés petit à petit du matériel et des outils. Dans cette idée d'agriculture de qualité et respectueuse des sols, l'association PROMMATA (PROmotion d'un Machinisme Moderne A Traction Animale) travaille à la mise au point d'un Matériel Agricole Moderne à Traction Animale (le MAMATA) depuis le début des années 90, en adaptant les outils aux réels besoins des utilisateurs.
Le concept du MAMATA est celui du "porte-outils" (qui porte les outils) et ce qui le distingue du matériel d'avant est sa polyvalence.
La polyvalence du MAMATA se retrouve à trois niveaux : il peut être utilisé en simple ou en paire par tous les types d'animaux : chevaux lourds et moins lourds, mules, zébus, ânes... il peut recevoir, grâce à son système d'attache ("le crochaxe"), tous les outils nécessaires aux travaux agricoles et de les adapter en fonction de la puissance des animaux utilisés; il rend possible la pratique de différents techniques culturales : culture en planche, sur billon, avec ou sans labour
La Kassine, le plus petit porte-outils distribué par PROMMATA, a été mis au point pour les cultures maraîchères sur petites surfaces (jusqu'à 1,5 ha) et sa légèreté (28kg) permet à l'âne de s'adonner au travail agricole.
Elle est munie d'un guidon ergonomique réglable, d'une barre à cran permettant de régler la profondeur de l'outil dans le sol et de deux roues à l'avant pour enjamber la ligne de travail et assurer une meilleure stabilité. Contrairement aux brancards, sa traction par chaîne donne plus de souplesse à l'attelage et facilite les manœuvres au bout du rang.
   
         
    Avec les ânes, sans labour c'est mieux    
    La culture "sur billon" est très bien adaptée au maraîchage car elle permet une meilleure conservation des eaux et des sols si elle est menée en suivant les courbes de niveau. Effectuée sans labour, elle est très bien adaptée à la traction asine car elle demande moins de puissance de traction de traction et facilite la conduite de l'animal qui marche dans le "sillon" (entre deux billons, il y a un sillon).
Avant d'atteler la Kassine, il vous faut quelques accessoires indispensables: favorisez un bon collier au lieu de licol pour le travail agricole ; un palonnier est nécessaire pour maintenir les traits à égale distance et le "régulateur" permet de déporter l'animal par rapport à l'outil, quand c'est nécessaire.
Pour la préparation du sol, vous utiliserez des outils à dents comme le "vibroculteur" et le "canadien". Il faudra plusieurs passages avec ces outils pour obtenir une couche de terre ameublie d'une quinzaine de centimètres.
La formation des " billons " s'effectue en alternant le passage de la "billonneuse à disques" (qui rassemble cette terre meuble en butte) et de la "sous-soleuse" dans les sillons (pour ameublir ces "interbuttes").
Les semis se font sur les billons et les cultures sont entretenues avec des outils de binage, de sarclage et de hersage. Pour la récolte des pommes de terre, vous installerez sur la Kassine l'arracheuse de patates.
L'apprentissage de l'animal se fait progressivement et, avec un minimum d'expérience, on pourra travailler seul avec son âne. Au début, et pour les passages délicats, il vaut mieux être deux : un à la conduite de l'animal et l'autre au maintien de l'outil.
   
         
    Les qualités de l'âne en agriculture    
    L'âne travaille dans toutes les zones agricoles : sur terrain plat et pentu, en plein champ et sous serre. Calme et posé, son rythme est plus lent que celui du cheval et sa vitesse d'avancement est idéale (vitesse moyenne de 3km/heure) pour le maraîchage.
Son gabarit plus étroit favorise le travail en finesse (espacements entre les rangs de 45 à 50 cm) et sa capacité à tourner sur lui-même facilite les passages en bout de rang et le travail sur les petites parcelles et les terrasses.
Afin d'éviter le surmenage de votre âne et prolonger le temps de travail, fonctionnez en alternance avec deux animaux (d'ailleurs, l'âne n'aime pas la solitude !) Pour augmenter la puissance de traction de votre attelage, vous les attelez en paire : un seul âne suffit pour les travaux légers comme l'entretien des cultures mais pour les travaux d'arrachage ou de préparation du sol, deux ânes c'est mieux.
Pour mettre en œuvre plus qu'un petit potager, il faut compter sur une bête bien musclée d'au moins 1,30 mètre au garrot. Un âne de cette taille et bien équipé a tout a fait sa place dans les jardins familiaux, collectifs, d'insertion et dans les projets agricoles mettant en valeur des productions spécialisées comme les légumes, les petites fruits, les plantes médicinales,...
   
         
    La traction asine en France ...    
    L'association PROMMATA témoigne de l'engouement pour l'utilisation de l'âne en agriculture. Parmi les nouveaux acquéreurs de la Kassine, plusieurs veulent pratiquer la traction asine. Les formations qu'elle propose sur les ânes et le maraîchage font de nombreux adeptes. Parmi ceux-ci, les profils sont assez diversifiés : certains ont déjà des ânes depuis quelques années et veulent s'en servir pour l'entretien du potager; d'autres sont déjà installés en agriculture depuis un moment et désirent développer la traction animale sur leur exploitation ; plus récemment, des "jeunes agriculteurs" s'installent en traction animale, sur des projets avec vente directe (AMAP, marché, vente à la ferme).    
         
    ... Et ailleurs, en zones semi désertiques    
    Dans les pays au climat sec, l'âne est présent en de nombreux endroits et il est utilisé pour le portage et le transport. Contrairement au paysan du Nord, le paysan du Sud, plus démuni, n'a pas les moyens d'acquérir une bête de travail adaptée au matériel ancien plus lourd. Pourtant, dans le domaine de l'agriculture vivrière, l'utilisation des ânes est une solution de remplacement d'une bonne partie du travail à la main. Au Burkina Faso et au Niger, PROMMATA forme des formateurs agricoles et des paysans à l'utilisation de la Kassine avec les ânes, en lien avec des techniques agroécologiques de conservation des eaux et des sols. Le porte-outils permet aux petits ânes africains de préparer le terrain avant la saison des pluies : il casse la croûte sèche avec la sous-soleuse et prépare ainsi les poquets de plantation qui recevront les graines dès l'arrivée de la pluie. Ensuite, la Kassine sarcle rapidement entre les lignes de culture avec le trisoc de sarclage. Avec le même outillage que le maraîcher, le paysan de là-bas peut remplacer jusqu'à 90% du travail à la main avec ses ânes ! Que ce soit en Afrique ou en France, l'âne trouve une place de valeur dans les activités agricoles d'aujourd'hui car il permet à un large public de pratiquer la traction animale et ainsi, d'appliquer une action bénéfique sur la terre nourricière.

Valérie THERRIEN et Jo BALLADE
   
         
 
 
   
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